mercredi, mai 19, 2004

Société

Educateur en milieu fermé : une mission possible

Un an après l'ouverture de l'antenne PPJ auprès du quartier mineur de la Maison d'Arrêt de Toulouse –Seysses, éducateurs et surveillants trouvent leurs marques dans une prise en charge plus apaisée, une écoute plus large et un réactivité accrue.

"Ce matin, quand je suis arrivée, je n'ai pas fait ce que j'avais prévu. Un môme était en train de craquer. Les surveillants m'ont passé le relais. Je suis allé le voir et nous avons discuté. En fait, il n'avait rien fait de tout le week-end, il était resté dans sa cellule et n'avait vu personne. Il avait juste besoin de parler. Je crois qu'on aide à mettre du sens dans ce genre de situation. " Sandrine est éducatrice PJJ et participe, depuis un an, avec six autres éducateurs, à la prise en charge éducative continue des mineurs incarcérés à la Maison d'Arrêt de Toulouse-Seysses. Elle partage son temps entre sa mission au quartier des mineurs et son travail en milieu ouvert, au CAE. Une alternance qui permet par exemple de suivre un mineur après sa sortie ou de redéfinir le lien, soudain coupé, du prévenu avec sa famille. "L'arrivée en détention est un moment violent pour le prévenu. Il est important de lui donner des repères rapidement, son linge par exemple, un rendez-vous avec ses parents."

Un nouveau sens à l'éducatif

Créer autour de la prison une dynamique porteuse de sens dans une démarche qui tend à rendre la peine plus explicite en impliquant le détenu mais également sa famille. "Nous rencontrons souvent les familles avant ou après le parloir. Le parloir est un temps qui peut débloquer beaucoup de choses." Un projet, destiné à institutionnaliser les entrevues éducateurs/parents, dans un lieu prévu à cet effet, est envisagé, de façon à intégrer ces temps de rencontre, dans un projet global de prise en charge du mineur.
Le suivi de détention organise les actions dans ce but. Un entretien individualisé a lieu une fois par semaine : "On discute de l'orientation que le môme veut donner à sa peine. On tente de maintenir son projet si un projet existait. C'est un moyen pour le faire sortir plus vite."
Car l'aménagement de peine est une des priorités de la mission. "On prépare un projet. Il s'agit souvent de faire accélérer le mouvement, faire comparaître le mineur assez vite pour examiner ensuite les moyens de recours et soumettre une alternative au juge d'application des peines." Un travail qui permet également de faire le point avec la famille sur les prestations de leur avocat, souvent commis d'office…

ENCADRES
Mme Marie-Ange Ripoll chef de service PJJ :
Pour Marie-Ange Ripoll, le suivi des mineurs pendant et après leur détention est aujourd'hui chose possible. C'est sur la durée que le système devra faire ses preuves. Des solutions devront, par exemple, être trouvées pour rendre possible le travail de suivi des dossiers en MO et pour faire face à la gestion des nouvelles entrées en milieu fermé. Enfin, l'organisation du travail au sein de la Maison d'Arrêt demande encore des aménagements : "Les éducateurs travaillent dans des conditions difficiles, partagés entre leur présence dans le quartier des mineurs et leur bureau situé dans le bâtiment administratif. Ces incessants aller-retour posent la question de l'aménagement d' un pôle éducatif repéré dans le quartier des mineur. "

M.Karim Arkoum, Professeur des écoles
En dehors des heures de cours, Karim voit les enfants une fois par semaine individuellement. Il demande à l'enfant de se situer par rapport à ses acquisitions. Les cours sont organisés du lundi au vendredi, trois heures par jour en petits groupes. Le niveau s'étend de l'alpha illettrisme à la seconde. Pour Karim, la présence d'éducateur PJJ permet désormais une plus grande réactivité et une meilleure compréhension des problématiques. Même si souvent, entre Education nationale et PJJ : "on croit souvent qu'on a chacun sa vérité."

M.David Laffont, Surveillant
Quel bilan tirez-vous de l'arrivée des éducateurs PJJ au sein de la MA ?
Le bilan est positif, la PJJ a des liens avec l'extérieur et l'intérieur. Ils n'hésitent pas à appeler les familles. Quand on m'a dit la PJJ arrive, j'ai eu un peu peur qu'ils nous prennent un peu du contact que l'on avait avec les enfants. Aujourd'hui je me rends compte que c'est le contraire, ça a été une évolution, une évolution positive. La mayonnaise a bien pris, ils nous préviennent, par exemple, lorsqu'un détenu va recevoir de mauvaises nouvelles…
Comment s'est passé le dialogue entre vous et eux ?
Ils ont su nous écouter sur le milieu fermé et sur les contraintes à prendre en compte. En retour, nous avons vu qu'ils pouvaient nous donner des réponses, par exemple pour savoir pourquoi un mineur est mal à tel moment. Dès qu'on le sait, les choses sont plus faciles. Nos métiers différents font que l'on aborde le mineur différemment et tant mieux !

Pour la Lettre de la PJJ


Le Challenge de tous les challenges


Organisé cette année à Nancy, pour sa 32ème édition, par la DDPJJ de Meurthe et Moselle, le Challenge Michelet, promoteur infatigable de la dignité, du respect et de l’exemplarité, est aussi un moyen efficace de valoriser, en région, le travail de la PJJ auprès de partenaires nouveaux. Un challenge qui en entraîne bien d’autres…

« Bang ». Le coup de feu claque dans la grisaille du ciel de Nancy. Karim, Emmanuel, Abdel et Kévin s’échappent de leurs starting-blocks avec dans les yeux le seul horizon de la ligne d’arrivée, 100 mètres devant. Derrière la fameuse ligne, chacun dans leur couloir respectif, les éducateurs des délégations qualifiées pour la finale, caméra ou appareil photo en main, trépignent et encouragent : «Allez accroche, accroche Karim, accroche! Oui, oui, oui, On l’a, il est chez nous ! on l’a, on l’a, on l’a, on l’aaaaaaaaa !!!!!!! »

Karim passe la ligne d’arrivée, les bras en croix, les yeux au ciel, un sourire béat sur le visage, bientôt pris d’assaut par ses coéquipiers, drapeaux de la Région Normandie en main, qui envahissent la piste, au grand dam du speaker du stade. L’entraîneur exulte : « Bien mon Karim, c’est bien Karim » « Prends la bouteille d’eau, écartez-vous, laissez-le respirer ! » Mais plus personne n’entend, « Portez-le ! Portez-le pour la photo ! ». Le photographe de l’Est Républicain s’approche et immortalise la scène, puis un tour d’honneur s’improvise : « Normandie, Normandie, tralalalalèèèèèère, Normandie, Normandie, tralalalala ! »

On l’aura compris, la finale du 100 mètres du 32 ème Challenge Michelet vient d’être remportée par la délégation normande. Depuis 8 h 30 ce matin-là et l’arrivée des 14 délégations venues des différentes Régions PJJ, dont celle très remarquée de la délégation Mayotte, dans les DOM TOM, le Stade Jean-Petit de la Communauté Urbaine du Grand Nancy a pris des airs de rendez-vous sportif majeur. Quatre jours de compétitions sous le signe des valeurs du Challenge Michelet qui vont voir s’affronter les différentes délégations dans cinq épreuves : cross, athlétisme, basket, football, natation.

Sur le parking, non loin des bus des différentes délégations, le Centre d'Information et de Recrutement de l'Armée de Terre (CIRAT) a dressé ses tentes et aligné ses camions. Un peu plus loin, l’entrée du stade est bordée du bus d’informations de la Police Nationale accolé au stand de l’association AIDS et du stand du réseau des Comités d’éducation pour la Santé de Lorraine. Sur la pelouse, entourée de l’anneau de la piste, le podium attend les vainqueurs devant une grande fresque préparée et installée là pour l’occasion.

L’essentiel est de participer… dignement

« Chaque journée est marquée d’un message spécifique, explique Laurent Grégoire Directeur Départemental adjoint de la PJJ de Meurthe et Moselle et organisateur de l’événement. Nous voulions par exemple aujourd’hui, sensibiliser les jeunes sur la santé à travers la nutrition, demain ce sera la sécurité routière. ». Interrogé sur cette première matinée d’épreuves, il ne cache pas sa déception : « Nous devions ouvrir les épreuves par un saut en parachute organisé avec le Centre régional de parachutisme sportif de Nancy, mais la météo n’est pas avec nous… Notre grande satisfaction est cependant d’avoir pu impliquer dans l’organisation du Challenge une grande partie du personnel des Services du département. Sur 60 personnes, 30 sont ici ! ». Il insiste enfin sur les retombées positives d’une telle manifestation vis-à-vis des partenaires de l’événement : « Le Challenge valorise le travail de la PJJ, et permet d’aller vers des partenaires, des intervenants nouveaux,. Il y a 15 jours, on ouvrait un CEF, aujourd’hui, on fait le Challenge, c’est bon pour l’image…». Un constat repris par M.Dominique Simon Directeur Départemental : « En termes d’image et de collaboration avec les différents acteurs de la région, on gagne deux voire trois ans en un an de préparation du Challenge. »

Le Challenge fait aussi levier dans les DRPJJ « Le projet du Challenge est porté par l’institution explique Valérie Pouchat Directrice à la DRPJJ d’Aquitaine. Les jeunes en entendent parler d’année en année, ça se transmet. Certains sont très soucieux de savoir s’ils pourront participer, ils s’interrogent : est-ce que je suis assez bien ? » Le projet valorise également les enfants par la qualité des intervenants « On a un ancien champion de France qui les entraîne en l’athlétisme ». Premiers bénéfices au niveau de la DR Aquitaine : une vraie dynamique régionale tout au long des sélections (le projet associe à la base plus de 7000 enfants dans toute la France) et le développement d’un vrai esprit sportif chez les enfants concernés : « Ils se supportent les uns les autres. Aujourd’hui, même si les délégations sont en concurrence, il y a le souci de prendre le plus faible en considération, on reste humble. »

Ce matin, se déroulent les épreuves d’athlétisme comprenant le 1500 et le 100 mètres, le saut en hauteur, le lancé du poids et le saut en longueur. Dans la tribune principale, les 380 participants regroupés autour des bannières de leur Région respective chauffent l’ambiance et encouragent les coureurs du 1500 mètres qui viennent de prendre le départ. Un nouveau départ ?

La Lettre de la PJJ