Consommation
Un destin à toute vapeur : Philippe Suchard (1797-1884)
Pionnier de l’industrialisation naissante, Jules Verne de l’entreprise, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire celui que l’on nomme « le père Suchard » et sa soif d’aventures industrielles. Promoteur de nombreux projets, cet industriel hors du commun aura su se forger un destin à la hauteur de son siècle en plein bouleversement.
C’est au pied du Jura, dans la petite ville de Boudry, que naît, le 9 octobre 1797, au n°7 de la rue Louis-Favre, Philippe Suchard. La légende raconte que sa première rencontre avec le chocolat se fait à l’occasion d’une course, effectuée pour sa mère malade, dans une pharmacie. D’abord considéré comme un médicament, -les médecins français pensaient alors qu’il soignait les maladies chroniques et les chagrins d’amour- le chocolat n’est vendu que chez les apothicaires. Dynamique et entreprenant, le jeune homme a 17 ans lorsqu’il est envoyé chez son frère à Berne, pour y apprendre le métier de confiseur.
Influences américaines
Passionné de techniques nouvelles, en ce début de XIX e siècle, Philippe Suchard est fasciné par les Etats-Unis d’Amérique. De nombreuses inventions viennent frapper les esprits en Europe, comme la première rue éclairée au gaz, inaugurée en 1817, à Philadelphie, et surtout, en 1819, l’arrivée du Savannah. Le premier bateau à vapeur américain à réussir la traversée de l’Atlantique en seulement… 26 jours.
Doué pour les langues, il parle l’italien, l’allemand et l’anglais, Philippe Suchard embarque en 1824 pour les Etats-Unis. Le voyage durera un an. Il y puisera les nombreuses idées qu’il va mettre en pratique en Europe et surtout y affermir cette formidable soif d’entreprendre qui lui restera chevillée au corps toute sa vie.
De retour en Europe, il ouvre une confiserie à Neuchâtel, rue des Halles, dans laquelle il met en vente « du chocolat fin de sa fabrique ». Un chocolat sans doute encore préparé avec les moyens du bord. Ce n’est qu’un an après, en 1826, qu’il installe, à Serrières, à l’ouest de Neuchâtel, son atelier de fabrication. Certes, l’atelier est rustique, mais il est muni d’un des premiers broyeurs hydraulique actionné par une roue plongée dans la rivière Serrière. Une innovation qui permet de produire, dès la première année, avec l’embauche d’un employé, de 50 à 60 livres de chocolat par jour. Son but : produire le meilleur chocolat au prix le plus abordable.
Du chocolat pour tous
Le chocolat n’est pas à l’époque le produit que l’on connaît aujourd’hui. Alors réservé à une élite, pourvu de vertus souvent imaginaires, le chocolat est sujet aux phantasmes les plus fous, passant du plébiscite au bannissement. En développant et en appliquant les moyens de sa fabrication de façon industrielle, Philippe Suchard, à qui l’on doit également l’invention du premier malaxeur de chocolat au monde, popularise le chocolat en le mettant à la portée de toutes les bourses. Et celui-ci le lui rend bien. C’est en effet grâce à la réussite de ce secteur d’activité que Philippe Suchard va pouvoir concrétiser d’autres idées.
Se souvenant de l’expérience réussie du Savannah, il se tourne, en 1834, vers François Cavé, inventeur de la machine cylindrique oscillante et vers son dessinateur, Jacques Eugène Armengaud, constructeur de vapeurs de plaisance, pour leur passer commande. Depuis 1826, une vingtaine de bateaux à vapeur circulent déjà sur la Seine et en 1836, un vapeur fait le service de Paris à Rouen. Philippe Suchard prend possession de l’Industriel, le 19 juillet 1934, et destine sa machine à assurer un service régulier de transport sur le lac de Neuchâtel. Il en est le capitaine. En 1835, un second bateau est même acheté pour naviguer sur le lac de Thoume. En 1840, il fonde, à Bâle, la société « Les Aigles du haut Rhin », en vue de créer un service de navigation entre Bâle et Rotterdam. Son projet rencontre cependant la concurrence du train, alors qu’est inaugurée, en 1841, la première ligne de chemin de fer internationale de Strasbourg à Bâle. L’expérience durera jusqu’en 1847, date à laquelle Philippe Suchard vendra ses bateaux à la Société des Bateaux à vapeur du lac de Neuchâtel.
L’asphalte de Travers
Est-ce l’utilisation de l’asphalte pour le calfatage des bateaux qui mit Philippe Suchard sur la piste des Mines d’asphalte de Travers ? Toujours est-il qu’en 1840 est fondée, à son initiative, la Société des mines d’asphalte du Val-de-Travers. Le gisement avait été découvert en 1711 par un médecin grec, Eirini d’Eyrinys, qui s’intéressait aux propriétés de l’asphalte pour un usage thérapeutique. La première mine ne fut réellement exploitée qu’à partir de 1812, mais ce fut Philippe Suchard qui leur donna, à partir de 1841, leur véritable essor. Afin de démontrer l’utilité du minerai, il couvre d’asphalte le toit de l’atelier de fabrication de la Serrières et recouvre la route passant par Travers qui devient, dès lors, la première ville au monde à bénéficier d’une voie asphaltée.
1837, Philippe Suchard projette d’introduire l’élevage du vers à soie à Serrières. Il fait ainsi planter, plus de 3000 mûriers, destinés à nourrir son futur élevage. L’initiative est arrêtée en 1843 par un orage qui détruit la plupart de ses arbres et met fin au rêve de la soie, mais pas aux idées du « Père Suchard ». Suivent les projets d’une fabrique de pâtes en Italie, puis d’un atelier de pierres fines pour l’horlogerie et, en 1845, l’achat, aux USA de 20 000 hectares de terrain. Proche du fleuve Saint Laurent, le sous-sol, riche en fer, fait présager une exploitation industrielle du minerai. Afin de mettre en vente le terrain par lots et d’assurer l’exploitation de la mine, Philippe Suchard crée la société par action « Suchard, Favarger & Cie, L’Alpina ». Cependant, la mise en vente du terrain par lot ne tiendra pas ses promesses, et d’autres difficultés finiront par mettre en péril le projet de façon définitive. Trois ans après, le 24 juillet 1848, la découverte d’or à Sutter’s Mill, en Californie, sera le début de la fameuse « ruée vers l’or ».
Homme d’action, à l’instinct toujours en éveil, Philippe Suchard a très vite pressenti que les solutions pour une industrialisation réussie, dans un pays comme la Suisse, se trouvaient au-delà des frontières. Il exporte ainsi très tôt sa production de chocolat vers les Etats Allemands, l’Autriche et les Etats-Unis. Dès 1855, les différentes expositions universelles des capitales européennes, reconnaissent les qualités du chocolat Suchard. La même année, Philippe François Suchard, fils de Philippe, entre comme associé dans la société et poursuit l’effort d’internationalisation. C’est cependant un jeune Allemand, du nom de Carl Russ, époux de la fille cadette de Philippe Suchard, et voyageur d’affaire hors du commun qui, à partir de 1884, posera les bases d’une offre réellement populaire et internationale.
Progrès meurtrier
Inventeur de certains des progrès technologiques du XIX e siècle, Philippe Suchard observe aussi leurs effets sur les hommes et particulièrement le perfectionnement des armes de guerre. Il se rendra ainsi à Solférino, en juin 1859, pour secourir les blessés de cette bataille qui restera dans l’histoire comme l’entrée de la guerre dans le monde pré-moderne. Le nombre de morts en une journée (40 000) contribue à la prise de conscience en Europe de la souffrance des soldats et à la création de la Croix Rouge Internationale, par un autre Suisse, Henri Dunant, en 1863.
Philippe Suchard s’éteint, le 14 janvier 1884, non sans avoir effectué, à 75 ans, un tour du monde duquel il tire un livre intitulé : Le Tour du monde en grande vitesse (1875). Interprète privilégié du XIXe siècle, cet aventurier de l’industrialisation aura su prendre la bonne mesure de son époque pour se forger, à partir de ce siècle exceptionnel un nom exceptionnel…
Pour le site Kraftfoods.fr
Pionnier de l’industrialisation naissante, Jules Verne de l’entreprise, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire celui que l’on nomme « le père Suchard » et sa soif d’aventures industrielles. Promoteur de nombreux projets, cet industriel hors du commun aura su se forger un destin à la hauteur de son siècle en plein bouleversement.
C’est au pied du Jura, dans la petite ville de Boudry, que naît, le 9 octobre 1797, au n°7 de la rue Louis-Favre, Philippe Suchard. La légende raconte que sa première rencontre avec le chocolat se fait à l’occasion d’une course, effectuée pour sa mère malade, dans une pharmacie. D’abord considéré comme un médicament, -les médecins français pensaient alors qu’il soignait les maladies chroniques et les chagrins d’amour- le chocolat n’est vendu que chez les apothicaires. Dynamique et entreprenant, le jeune homme a 17 ans lorsqu’il est envoyé chez son frère à Berne, pour y apprendre le métier de confiseur.
Influences américaines
Passionné de techniques nouvelles, en ce début de XIX e siècle, Philippe Suchard est fasciné par les Etats-Unis d’Amérique. De nombreuses inventions viennent frapper les esprits en Europe, comme la première rue éclairée au gaz, inaugurée en 1817, à Philadelphie, et surtout, en 1819, l’arrivée du Savannah. Le premier bateau à vapeur américain à réussir la traversée de l’Atlantique en seulement… 26 jours.
Doué pour les langues, il parle l’italien, l’allemand et l’anglais, Philippe Suchard embarque en 1824 pour les Etats-Unis. Le voyage durera un an. Il y puisera les nombreuses idées qu’il va mettre en pratique en Europe et surtout y affermir cette formidable soif d’entreprendre qui lui restera chevillée au corps toute sa vie.
De retour en Europe, il ouvre une confiserie à Neuchâtel, rue des Halles, dans laquelle il met en vente « du chocolat fin de sa fabrique ». Un chocolat sans doute encore préparé avec les moyens du bord. Ce n’est qu’un an après, en 1826, qu’il installe, à Serrières, à l’ouest de Neuchâtel, son atelier de fabrication. Certes, l’atelier est rustique, mais il est muni d’un des premiers broyeurs hydraulique actionné par une roue plongée dans la rivière Serrière. Une innovation qui permet de produire, dès la première année, avec l’embauche d’un employé, de 50 à 60 livres de chocolat par jour. Son but : produire le meilleur chocolat au prix le plus abordable.
Du chocolat pour tous
Le chocolat n’est pas à l’époque le produit que l’on connaît aujourd’hui. Alors réservé à une élite, pourvu de vertus souvent imaginaires, le chocolat est sujet aux phantasmes les plus fous, passant du plébiscite au bannissement. En développant et en appliquant les moyens de sa fabrication de façon industrielle, Philippe Suchard, à qui l’on doit également l’invention du premier malaxeur de chocolat au monde, popularise le chocolat en le mettant à la portée de toutes les bourses. Et celui-ci le lui rend bien. C’est en effet grâce à la réussite de ce secteur d’activité que Philippe Suchard va pouvoir concrétiser d’autres idées.
Se souvenant de l’expérience réussie du Savannah, il se tourne, en 1834, vers François Cavé, inventeur de la machine cylindrique oscillante et vers son dessinateur, Jacques Eugène Armengaud, constructeur de vapeurs de plaisance, pour leur passer commande. Depuis 1826, une vingtaine de bateaux à vapeur circulent déjà sur la Seine et en 1836, un vapeur fait le service de Paris à Rouen. Philippe Suchard prend possession de l’Industriel, le 19 juillet 1934, et destine sa machine à assurer un service régulier de transport sur le lac de Neuchâtel. Il en est le capitaine. En 1835, un second bateau est même acheté pour naviguer sur le lac de Thoume. En 1840, il fonde, à Bâle, la société « Les Aigles du haut Rhin », en vue de créer un service de navigation entre Bâle et Rotterdam. Son projet rencontre cependant la concurrence du train, alors qu’est inaugurée, en 1841, la première ligne de chemin de fer internationale de Strasbourg à Bâle. L’expérience durera jusqu’en 1847, date à laquelle Philippe Suchard vendra ses bateaux à la Société des Bateaux à vapeur du lac de Neuchâtel.
L’asphalte de Travers
Est-ce l’utilisation de l’asphalte pour le calfatage des bateaux qui mit Philippe Suchard sur la piste des Mines d’asphalte de Travers ? Toujours est-il qu’en 1840 est fondée, à son initiative, la Société des mines d’asphalte du Val-de-Travers. Le gisement avait été découvert en 1711 par un médecin grec, Eirini d’Eyrinys, qui s’intéressait aux propriétés de l’asphalte pour un usage thérapeutique. La première mine ne fut réellement exploitée qu’à partir de 1812, mais ce fut Philippe Suchard qui leur donna, à partir de 1841, leur véritable essor. Afin de démontrer l’utilité du minerai, il couvre d’asphalte le toit de l’atelier de fabrication de la Serrières et recouvre la route passant par Travers qui devient, dès lors, la première ville au monde à bénéficier d’une voie asphaltée.
1837, Philippe Suchard projette d’introduire l’élevage du vers à soie à Serrières. Il fait ainsi planter, plus de 3000 mûriers, destinés à nourrir son futur élevage. L’initiative est arrêtée en 1843 par un orage qui détruit la plupart de ses arbres et met fin au rêve de la soie, mais pas aux idées du « Père Suchard ». Suivent les projets d’une fabrique de pâtes en Italie, puis d’un atelier de pierres fines pour l’horlogerie et, en 1845, l’achat, aux USA de 20 000 hectares de terrain. Proche du fleuve Saint Laurent, le sous-sol, riche en fer, fait présager une exploitation industrielle du minerai. Afin de mettre en vente le terrain par lots et d’assurer l’exploitation de la mine, Philippe Suchard crée la société par action « Suchard, Favarger & Cie, L’Alpina ». Cependant, la mise en vente du terrain par lot ne tiendra pas ses promesses, et d’autres difficultés finiront par mettre en péril le projet de façon définitive. Trois ans après, le 24 juillet 1848, la découverte d’or à Sutter’s Mill, en Californie, sera le début de la fameuse « ruée vers l’or ».
Homme d’action, à l’instinct toujours en éveil, Philippe Suchard a très vite pressenti que les solutions pour une industrialisation réussie, dans un pays comme la Suisse, se trouvaient au-delà des frontières. Il exporte ainsi très tôt sa production de chocolat vers les Etats Allemands, l’Autriche et les Etats-Unis. Dès 1855, les différentes expositions universelles des capitales européennes, reconnaissent les qualités du chocolat Suchard. La même année, Philippe François Suchard, fils de Philippe, entre comme associé dans la société et poursuit l’effort d’internationalisation. C’est cependant un jeune Allemand, du nom de Carl Russ, époux de la fille cadette de Philippe Suchard, et voyageur d’affaire hors du commun qui, à partir de 1884, posera les bases d’une offre réellement populaire et internationale.
Progrès meurtrier
Inventeur de certains des progrès technologiques du XIX e siècle, Philippe Suchard observe aussi leurs effets sur les hommes et particulièrement le perfectionnement des armes de guerre. Il se rendra ainsi à Solférino, en juin 1859, pour secourir les blessés de cette bataille qui restera dans l’histoire comme l’entrée de la guerre dans le monde pré-moderne. Le nombre de morts en une journée (40 000) contribue à la prise de conscience en Europe de la souffrance des soldats et à la création de la Croix Rouge Internationale, par un autre Suisse, Henri Dunant, en 1863.
Philippe Suchard s’éteint, le 14 janvier 1884, non sans avoir effectué, à 75 ans, un tour du monde duquel il tire un livre intitulé : Le Tour du monde en grande vitesse (1875). Interprète privilégié du XIXe siècle, cet aventurier de l’industrialisation aura su prendre la bonne mesure de son époque pour se forger, à partir de ce siècle exceptionnel un nom exceptionnel…
Pour le site Kraftfoods.fr

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